Rodin et la photographie

Musée Rodin (du 14 novembre 2007 au 2 mars 2008)

Publié le lundi 28 janvier 2008



Rodin a mené sa carrière de sculpteur alors que cette nouvelle technique de reproduction vivait sans doute ses années les plus fécondes et les plus inventives. Mais la photographie reste avant pour Rodin un outil de travail et de diffusion de ses oeuvres, « Vos photographies feront comprendre au monde mon Balzac » A. Rodin à E. Steichen


Rodin, alors même qu'il reste réservé à l'égard de ce nouvel outil de reproduction, n'échappe pas à l'attrait pratique et esthétique de la photographie, comme en témoignent les 7 000 clichés qu'il rassemble entre 1870 et 1917. Le parcours chronologique, composé de 200 clichés, essentiellement des photographies de sculptures, est le fil conducteur de l'exposition.

DornacRodin assis dans son atelier devant le monument à Victor Hugo, 1898, papier albuminé. Ph 179
Dornac
Au cours des années 1880, la photographie entre dans l'atelier, au coeur de la création, là où les blocs de terre prennent forment, où les Bourgeois de Calais sont modelés nus, avant d'être revêtus, où la Porte de l'Enfer se recouvre d'une multitude de figures. Rodin engage d'abord des photographes de quartier, peu connus, Bodmer, Pannelier, Freuler. Puis les terres deviennent plâtres, bronzes et marbres, l'atelier se remplit de plus en plus.

Rodin à la fin des années 1890 est devenu un artiste reconnu par ses pairs et par le public. Eugène Druet, photographe amateur puis Jacques-Ernest Bulloz deviennent tour à tour ses photographes officiels et répondent chacun à leur manière aux directives précises de Rodin. Ce sont leurs images qui seront le plus largement publiées dans la presse. Elles reflètent aussi le désir de l'artiste de contrôler le regard des spectateurs sur son oeuvre, de donner de l'importance à telle ou telle sculpture, de la montrer à un stade bien précis de son développement et d'en présenter l'angle de prise de vue le plus juste.

Edward SteichenThe silhouette (Balzac), 1908 © Edward Steichen
Edward Steichen
Puis vient le pictorialisme, premier mouvement esthétique en photographie, qui se développe au début du XXème siècle. Les photographes Edward Steichen, Stephen Haweis et Henry Coles, Jean Limet, rattachés à cette école, se présentent à la porte de l'atelier de Rodin en tant qu'artistes à part entière. Le sculpteur, séduit par leur jeunesse, favorisera leur travail et appréciera leur interprétation très personnelle de ses sculptures. En retouchant au pinceau l'image lors de son développement, ces photographes métamorphosent l'oeuvre d'art. C'est l'image de la sculpture qui nous fascine et non plus la sculpture elle-même.

Cette évolution du rôle et de la place de la photographie dans l'oeuvre sculptée de Rodin est l'exact reflet de ce qui se passe au début du XXème siècle : un regard nouveau est porté sur la photographie qui accède progressivement au rang d'oeuvre d'art.


Commissariat d'exposition :
Dominique Viéville, Hélène Pinet, Sylvester Engbrox
[
Musée Rodin->http://www.musee-rodin.fr/]
(du 14 nov. 2007 au 2 mars 2008), 79 rue de Varenne 75007 Paris. Ouvert tous les jours sauf le lundi de 9h30 à 16h45. Métro Varenne.


Imprimer cet article

Dans la même rubrique
Expositions à Paris

Voir tous les articles de la rubrique Expositions à Paris