Polidoro da Caravaggio, dessins du Louvre

Paris, musée du Louvre, département des Arts graphiques (du 1er novembre 2007 au 28 janvier 2008)

Publié le jeudi 22 novembre 2007



Le musée du Louvre conserve la plus belle collection au monde de dessins de Polidoro da Caravaggio. Ceux-ci sont actuellement exposés par le département des Arts graphiques et permettent de découvrir cet élève de Raphaël, un artiste autodidacte, singulier dans son parcours et dans son art.


Peu d'informations sont disponibles sur la vie de Polidoro da Caravaggio. La principale source qui le cite reste la biographie que lui consacre Vasari dans ses Vies des plus excellents peintres, sculpteurs et architectes en 1550 et 1568. Il persiste des zones d'ombres sur la vie de cet artiste italien qui fut principalement peintre à Rome (1514-1527), Naples (1524, 1527- 28) et Messine (1528-1543 ?) mais aussi, à la fin de sa vie, architecte.

Polidoro da Caravaggio (1499-1543)L’adoration des Mages (c) RMN / Thierry Le Mage
Polidoro da Caravaggio (1499-1543)
Polidoro da Caravaggio est né, comme son nom l'indique, à Caravaggio vers 1490-1499, dans une petite ville de Lombardie dont sera également natif plus tard Michelangelo Merisi, dit Le Caravage. Entre 15 et 20 ans, il travaille comme maçon sur le chantier des Loges du Vatican que dirige Raphaël et y porte des auges de chaux. Pendant cinq ans il apprend à dessiner et à peindre en regardant les artistes travailler. Raphaël et ses collaborateurs le remarquent et sous leur tutelle, Polidoro devient l'un des plus beaux talents de l'équipe. A la mort de Raphaël (1520), Polidoro s'associe au peintre florentin Maturino, avec lequel il dessine les vestiges antiques, trouvant là le matériel de ce qui va devenir à Rome la spécialité des deux artistes : la peinture en grisaille ou en camaïeu des façades des palais romains à l'imitation des bas reliefs antiques. Le sac de Rome en 1527, provoque la mort de Maturino et la fuite de Polidoro à Naples, puis à Messine.

Après sept à quinze ans d'intense activité à Messine, et bien que retenu dans cette ville par un amour pour une femme du lieu, il souhaite retourner à Rome, règle ses affaires, vide ses comptes. Un élève qui espérait qu'il demeure à Messine pour hériter de ses biens et de son atelier se sent floué. La veille du départ de son maître, il forme un complot, l'assassine pour lui voler son pécule et fait porter le cadavre à la porte de maison de l'amante de Polidoro afin de faire croire à un drame de la jalousie. Mais la femme est innocentée, et l'élève puni.

Polidoro da Caravaggio (1499-1543)Homme à terre attaqué par un ours et un chien (c) RMN / Thierry Le Mage
Polidoro da Caravaggio (1499-1543)
Polidoro est donc un autodidacte sans formation académique. Ce parcours qui avait laissé longtemps libre cours à l'instinct et à l'intuition, a été comme une invitation à subvertir les principes et les images du classicisme, que ceux-ci se trouvent dans des bas-reliefs romains ou des modèles raphaélesques. Ce n'était pas par rébellion que Polidoro agissait ainsi, mais sa manière de les magnifier était d'entrée de jeu irrégulière. A cela s'ajoute un tempérament fiévreux, bien perceptible dans ses dessins rapides, inaboutis et parfois frénétiques, une vision quasi monochrome et plutôt sombre du monde, une attention égale à la force de l'art d'un Michel-Ange et à l'expression populaire du réel. Confronté plus tard aux exemples de l'art du Nord colportés par l'estampe (Dürer, Lucas de Leyde), son art trouve un nouveau ressort.

Les dessins de Polidoro ont très tôt été recherchés, dès le XVIe siècle, des artistes ont recueilli les dessins de Polidoro. Son prestige en tant qu'élève de Raphaël a permis, au XVIIe siècle, d'assurer à ses dessins une place de choix dans des collections privées.

La collection du Louvre s'est constituée grâce à ces collectionneurs français et italiens (Agostino Scilla, Pierre Crozat, Pierre-Jean Mariette...). C'est à eux que le Louvre doit aujourd'hui de posséder le plus important fonds de dessins de Polidoro, supérieur en nombre à ceux de Florence, Berlin, Londres où Vienne. C'est surtout à la chance qu'eurent ces premiers collectionneurs, dont Francisco de Holanda dès le XVIe siècle, de puiser aux meilleures sources et au soin que les autres ont mis à transmettre avec discernement plusieurs dizaines de bons dessins sous le bon nom, que la connaissance du style de Polidoro a été permise. Travail qui a été repris et enrichi depuis un demi siècle par les historiens d'art dont les efforts ont permis de restituer à Polidoro des dessins qui avaient pu passer antérieurement pour des oeuvres de Giovanni da Udine, de Perino del Vaga ou, sans plus de précision, de l'Ecole de Raphaël.

Commissariat d'exposition : Dominique Cordellier, conservateur en chef au département des Arts graphiques du musée du Louvre

Paris, musée du Louvre (1er nov. 2007-28 janv. 2008), aile Denon, 1er étage, salles Mollien. Ouvert tous les jours de 9h à 18h, sauf le mardi, nocturnes jusqu'à 22h les mercredi et vendredi. Exposition accessible avec le billet d'entrée aux collections permanentes. Informations : 01 40 20 53 17.


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