Revue Médium N°32-33 : Copie, modes d’emploi - juillet-décembre 2012

Médiologie - Editions Editions Babylone - Broché - Textes en Français

Revue trimestrielle dirigée par Régis Debray. Sommaire : Médiologie de la copie  par Louise Merzeau et Régis Debray ; L’institution du signe  par Olivier Bomsel ; Vrais faux et faux vrais  par Jean Clair ; Pas de buzz pour Théo  par Pierre-Stéphane Murat ; Industrie du luxe et contrefaçon  par Élisabeth Ponsolle ; Portraits de copieurs, par Paul Soriano (...).

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Référence LIV_1600000110007
Artiste-Genre Médiologie
Auteur(s) Sous la direction de Régis Debray
Editeur(s) Editions Babylone
Format Broché
Langue Français
Dimensions 190 x 170
Date parution juillet-décembre 2012

Médiologie de la copie  par Louise Merzeau et Régis Debray
 
 
GENÈSES
L’institution du signe  par Olivier Bomsel
 
 
VARIANTES
Vrais faux et faux vrais  par Jean Clair
 
 
SALUT L’ARTISTE

Pas de buzz pour Théo  par Pierre-Stéphane Murat
Deux destins se sont croisés en ce début d’année : Golden Globes, Bafta, Césars, puis Oscars, ce fut l’assomption au ciel mondain et médiatique d’un objet filmique peu identifiable, The Artist, cependant que, double disparition, passait dans les oubliettes de l’actualité la mort de Théo Angelopoulos, ce démiurge du cinéma. D’un côté, l’apothéose du make believe contemporain sous couleur d’un revival du passé de l’autre, la condamnation à l’invisibilité, la damnatio memoriae de qui s’est ingénié à forer l’histoire pour éclairer le présent. Soit un succès abusif et une grave ingratitude.
Pierre-Stéphane Murat, agrégé de lettres et animateur de la Cinémathèque de Marseille, est spécialiste de peinture provençale. Dernière exposition : « Joseph Garibaldi, le Midi paisible », fondation Regards de Provence, Marseille, avec catalogue raisonné de l’œuvre.
 
 
TRANSGRESSIONS


Industrie du luxe et contrefaçon  par Élisabeth Ponsolle
Le Comité Colbert, qui regroupe soixante-quinze maisons françaises du luxe, a été créé autour d’une notion, d’une idée : l’art de vivre à la française.
Elisabeth Ponsolle est déléguée générale du Comité Colbert, association rassemblant 75 maisons de luxe françaises. Agrégée de l’Université, elle est professeur de littérature française et membre du Centre d’analyse des manuscrits modernes du CNRS. En 1981, elle rejoint la Direction des musées de France du ministère de la Culture ». En 1986, elle devient, au sein de l’UNESCO, secrétaire générale de l’ICOM, rassemblant 15 000 professionnels des musées. En 1998, nommée directrice générale de l’Union des fabricants, elle y crée le Global Anti Counterfeiting Group, qu’elle préside jusqu’en 2002.


Techniques du plagiat  par Hélène Maurel-Indart
La contrefaçon est un délit de reproduction illicite sanctionné par le Code de la propriété intellectuelle ; elle est la version juridiquement condamnable du plagiat, qui se tient quant à lui dans une zone d’ombre où les frontières manquent de netteté, entre recopiage et création. Le plagiaire s’emploie à faire passer un recopiage pour un emprunt créatif, pour une influence sublimée ou pour un hommage complice. Il joue sur les limites et les effets de perspectives. Le plagiaire habile pille, mais subtilement : le grain, mais pas la botte. Il détrousse, mais discrètement. Il est, pour le médiologue, un objet d’étude privilégié, puisqu’il assure une transmission de patrimoine de nature toute paradoxale : la transmission est niée en tant que telle puisque le transmetteur se pose lui-même en créateur ; et on peut se demander en quoi une telle pratique d’écriture est susceptible d’affecter le champ culturel dans lequel elle s’inscrit. Pour plagier une expression de Régis Debray dans Manifestes médiologiques, c’est le devenir-Imposture du plagiat qui mérite notre attention, car si le plagiat comme mode d’écriture contribue à la prolifération d’un monde de faux-semblants, c’est peut-être ce monde-là qui constitue notre mode d’être.
Hélène Maurel-Indart est agrégée de lettres modernes et professeur de littérature française du xxe siècle à l’université François-Rabelais de Tours. Elle est reconnue comme une spécialiste des questions de plagiat, d’influence et d’intertextualité, auxquelles elle a consacré, outre de nombreux articles, deux essais, Du plagiat (Paris, PUF, 1999), réédité en 2011 en « Folio Essais » , actualisé et augmenté de quatre chapitres, et Plagiats, les coulisses de l’écriture (Paris, La Différence, 2007). Site Internet : leplagiat.net.


Éthique de la citation  par Pierre d’Huy
« Trois ans pour faire un livre, cinq lignes pour le ridiculiser et des citations fausses », Albert Camus, Carnets.
En théorie, nul ne peut être accusé de copie lorsqu’il indique clairement sa source. Le principe de la citation permet de l’en préserver. Citer n’est pas copier, mais penser « depuis ». En pratique, les choses ne sont pas si simples, il arrive que des citations de textes soient détournées, reconverties, tronquées. Par accident parfois, ouvertement dans d’autres cas, en feignant l’accident pour les cas les plus pervers. Une fois sortie de son contexte, une citation peut être exploitée au profit d’une démonstration étrangère ou même parfois contraire à l’esprit du texte d’origine. L’auteur de la citation se trouve ainsi présupposé en accord avec les conclusions d’un texte dont il n’a jamais entendu parler. Ce procédé de récupération est bien plus difficile à dénoncer que celui de la copie pure et simple. D’autant que, s’il est repris par un média puissant, il sera presque impossible à un moteur de recherche de revenir à la rédaction d’origine, la citation étant devenue plus célèbre que sa source. Et si la citation volontairement retournée contre son auteur permettait une nouvelle forme de copie ?
Pierre d’Huy est professeur d’innovation, Directeur des programmes internationaux de l’EDHEC, maître de conférences associé en sciences d’information et de communication au CELSA Sorbonne Paris IV et directeur de PH8, société de conseil en management de l’innovation.
Petites phrases, gros dégâts  par Jacques Lecarme
Attention à vos petites phrases, elles ne sont pas toujours anecdotiques. Arrangées, le cas échéant, par un copier-coller malveillant, certaines peuvent vous valoir la peine capitale : mort politique, mort symbolique ou carrément le peloton d’exécution.
Jacques Lecarme est professeur émérite de littérature française à l’université Paris III.


WikiLeaks. Canaliser les fuites  par Yannick Maignien
« Je suis militant, journaliste, programmeur de logiciels, expert en cryptographie, spécialisé dans les systèmes conçus pour protéger les défenseurs des droits de l’homme. » Julian Assange.
Depuis Machiavel, pour le moins, la question de la dialectique du secret et de la transparence, du privé et du public, de l’opacité et de la liberté, est devenue de plus en partie prenante du discours et de la théorie politiques. L’histoire récente a porté cette question à de hauts degrés de sophistication.
Yannick Maignien, service culturel de l’ambassade de France à Rome. Chargé de mission pour la politique du livre et des médiathèques de 2002 à 2006. École normale supérieure, lettres et sciences humaines, Lyon. Détachement à l’ENS. Enseignant-chercheur. Philosophie et ingénierie documentaire. Responsabilité de l’équipe ayant réalisé la plus grande bibliothèque numérique au monde (Gallica, environ 100.000 ouvrages numérisés) au sein de la BNF. Membre du bureau de l’Institut des sciences du document numérique en Rhône Alpes. Nombreuses formations aux conservateurs de l’ENSSIB, à Mediadix.
 
 
FIGURES


Portraits de copieurs, par Paul Soriano
Quatre facteurs, du plus noble au plus trivial, font obstacle à la copie : la morale (c’est mal), le droit (c’est défendu), l’économie (c’est du vol) et la technique (c’est difficile). À quoi on peut encore ajouter un critère esthétique : copier, c’est moche, c’est nul ; voire un critère politique : c’est l’anarchie ! Les religions qui proscrivent l’image ne manquent pas d’arguments.
Paul Soriano est rédacteur en chef de Médium.
 
 
OFFENSIVES


Copier-Coller  par Louise Merzeau
Il est temps de réhabiliter le copier-coller comme paradigme d’un nouvel âge médiologique. Mais la raison graphosphérique qui est encore la nôtre a bien du mal à s’y résoudre, et préfère stigmatiser des comportements imbéciles ou coupables. Pourtant, on ne sauvera rien de ce dont on redoute aujourd’hui la perte en refusant de considérer l’ampleur et la complexité du phénomène. En refusant de voir que ce qui empoisonne ainsi nos certitudes est peut-être aussi le remède…
Louise Merzeau est maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris Ouest-Nanterre et membre du laboratoire Tactic. Parallèlement à ses recherches, Louise Merzeau mène une activité de création photographique et numérique.


Chauvet : la réalité augmentée  par Dominique Baffier
Le 18 décembre 1994, Éliette Brunel, Jean-Marie Chauvet et Christian Hillaire, spéléologues amateurs ardéchois, découvrent la grotte Chauvet-Pont-d’Arc lors d’une exploration privée. Cette grotte ornée majeure, dont les peintures pariétales à la perfection insoupçonnée sont les plus anciennes actuellement connues au monde, a placé le département de l’Ardèche en position prépondérante pour la connaissance et l’étude de l’art pariétal paléolithique.
Dominique Baffier, conservateur général du patrimoine et chercheur associé à l’UMR 7041, est archéologue préhistorienne, spécialiste de l’art pariétal. Depuis 1991, elle dirige les recherches scientifiques de la Grande Grotte d’Arcy-sur-Cure et est membre depuis 1998 de l’équipe scientifique qui étudie la grotte Chauvet dont elle a été nommée en 2000 conservateur de cette grotte. Elle est membre de la commission des monuments historiques sur les grottes ornées au ministère de la Culture, et participe activement au projet d’espace de restitution de la grotte Chauvet lancé par le conseil général de l’Ardèche, le conseil régional de Rhône-Alpes et l’État.


L’industrialisation du lecteur  par Alain Giffard
Pour situer la relation du lecteur et de la copie à l’âge de la lecture numérique, il faut rappeler d’entrée la situation paradoxale du lecteur, triomphant en un lieu, les théories littéraires, mais totalement oublié dans les analyses et textes juridiques. Depuis Barthes, l’école de la réception, les cultural studies, le lecteur triomphe à l’université.
Alain Giffard, directeur du groupement d’intérêt scientifique Culture & Médias numériques, a été responsable de la conception de la bibliothèque numérique de la Bibliothèque nationale de France et président de la mission interministérielle pour l’accès public à l’Internet. Il est un des animateurs de l’association Ars Industrialis, créée par Bernard Stiegler, et président d’Alphabetville. Travaille plus particulièrement sur le livre numérique et les lectures industrielles.


Wikipédia. Une somme originale de copies  par Rémi Mathis
Wikipédia souffre de sa trop grande visibilité. Le fait qu’elle semble remettre en cause certains fonctionnements traditionnels de la diffusion de la connaissance – et certains pouvoirs liés à ce fonctionnement ? – a favorisé dans le grand public une approche morale, bien loin d’une appréhension dépassionnée visant à comprendre un phénomène complexe et mouvant. Pendant quelques années, on a ainsi vu des attaques ad hominem tenir lieu de réflexion ou un rapide mémoire d’étude de quelques étudiants passer pour une étude de fond. Pourtant, des études universitaires ou des ouvrages bien informés existent, souvent en anglais, une réflexion de la part de véritables spécialistes a permis de circonscrire un mouvement souvent présenté comme le parangon du web 2.0 des années 2000 et des sites user generated content. La question de la copie est à cet égard un excellent exemple dans la mesure où elle est essentiellement abordée dans les médias sous le prisme du plagiat scolaire… et intégrée dans une vision politique de l’enseignement, voire de la société, dans la mesure où cette pratique serait, dans un camp, le symptôme d’un grave problème, avec une nouvelle génération incapable de travail personnel, dans l’autre, celui d’une inadaptation de l’éducation actuelle, qui n’a pas su se renouveler ni prendre le tournant du numérique.
Rémi Mathis est archiviste paléographe et doctorant en histoire moderne, conservateur des estampes du xviie siècle au département des estampes et de la photographie de la Bibliothèque nationale de France, rédacteur en chef des Nouvelles de l’estampe. Administrateur de Wikipédia francophone depuis octobre 2007 et membre du conseil d’administration de l’association Wikimédia France depuis 2009.


Quand copier c’est créer  par Françoise Gaillard
Dans un article de 1956 qui avait pour titre « Mode d’emploi du détournement », Guy Debord contestait la notion de propriété intellectuelle et militait pour un droit à recopier, reproduire, réactiver, détourner les œuvres existantes : « Tout peut servir. Il va de soi que l’on peut non seulement corriger une œuvre ou intégrer différents fragments d’œuvres périmées dans une nouvelle, mais encore changer le sens de ces fragments et truquer de toutes les manières que l’on jugera bonnes ce que les imbéciles s’obstinent à nommer des citations. »
Françoise Gaillard, philosophe, enseigne à Paris VII. Elle est membre du comité de rédaction des revues Esprit et Cahiers de médiologie. Collaborateur de la revue Médium.


Une « copy-party » en bibliothèque  par Lionel Maurel, Silvère Mercier et Olivier Ertzscheid
Le 7 mars 2012, la bibliothèque universitaire de La Roche-sur-Yon organisait une copy-party avec pour projet de permettre aux usagers de copier librement, en partie ou en intégralité, tous les documents disponibles (livres, revues, magazines, CD, DVD) à l’exception des logiciels et bases de données, à condition de respecter les conditions suivantes : utiliser leur propre matériel de reproduction, réserver ces copies à leur usage personnel, ne pas briser des DRM (mesures techniques de protection), ne pas diffuser ces copies sur Internet ou les envoyer par courriel à des amis. Près de cent personnes s’y retrouvèrent, équipées d’ordinateurs portables, de Smartphones et d’applications permettant de scanner des documents, de clés USB. En complément des documents déjà disponibles à la bibliothèque, une sélection d’ouvrages numériques libres de droits était également mise à la disposition des « copieurs ».
Olivier Ertzscheid, maître de conférences en sciences de l’information et de la communication à l’IUT de La Roche-sur-Yon (université de Nantes), est l’auteur du blog Affordance.info
Juriste de formation et conservateur à la Bibliothèque nationale de France, Lionel Maurel est l’auteur du blog S.I.Lex, Au croisement des sciences de l’information et du droit, qu’il signe sous le nom de Calimaq depuis trois ans, ainsi que d’une chronique juridique hebdomadaire sur le site d’informations OWNI.
Silvère Mercier est bibliothécaire chargé de la médiation numérique à la Bibliothèque publique d’information du centre Pompidou à Paris. Il administre le blog Bibliobsession depuis plusieurs années.
 
 
PENSE-BÊTE

Comité de rédaction :

Directeur : Régis Debray
Rédacteur en chef : Paul Soriano
Secrétariat de rédaction : Isabelle Ambrosini
Comité de lecture : Pierre-Marc de Biasi ; Jacques Billard ; Daniel Bougnoux ; Pierre Chédeville ; Jean-Yves Chevalier ; Robert Damien ; Robert Dumas ; Pierre d’Huy ; Michel Erman ; Françoise Gaillard ; François-Bernard Huyghe ; Jacques Lecarme ; Hélène Maurel-Indart ; Michel Melot ; Louise Merzeau ; Antoine Perraud ; France Renucci ; Monique Sicard.   

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