Les batailles de l'Empereur de Chine

Paris, musée du Louvre (du 12 février au 8 mai 2009)

Publié le vendredi 13 mars 2009



L'ensemble gravé est connu sous le titre Les Batailles au ou bien Les Conquêtes au de l'Empereur de Chine. Il relate en seize planches, exécutées à l'eau-forte et au burin, la victorieuse campagne militaire menée par l'empereur Qianlong (1736-1796) en Haute Asie de 1755 à 1759.


L'accrochage de ces chefs-d'oeuvre de l'art de l'estampe du XVIIIe siècle est accompagné de quelques pièces d'art décoratif représentatives du goût européen de l'époque pour les chinoiseries.

Benoist-Louis Prévost, d'après un dessin d'Ignaz SickelpartOn reçoit la soumission d'Illi (c) 2008 musée du Louvre / Martine Beck-Coppola
Benoist-Louis Prévost, d'après un dessin d'Ignaz Sickelpart
Pour que la commande impériale aboutît à un engagement de la couronne de France, il fallut un concours de circonstances extraordinaires. Du ministère de Henri-Jean-Baptiste-Léonard Bertin dépendait les Manufactures de Sèvres qui avaient partie liée avec la Compagnie des Indes par laquelle avaient transité les dessins, il fut donc rapidement au fait de la commande impériale, qu'il transmit aussitôt à Louis XV et au marquis de Marigny.

Le mythe de la commande impériale adressée à la France était né. La commande de Qianlong fut désormais traitée avec l'importance propre à une affaire d'État. Après l'humiliation du Traité de Paris par lequel la France était dépossédée des premières fondations de son empire colonial, elle offrait en effet l'opportunité de séduire Qianlong par l'excellence et la perfection de l'art français.

Jean-Philippe Le Bas d'après un dessin de Giuseppe castiglioneL'Empereur offre un banquet de victoire(c) 2008 musée du Louvre / Martine Beck-Coppola
Jean-Philippe Le Bas d'après un dessin de Giuseppe castiglione
Marigny confia à son tour à Charles-Nicolas Cochin (1715-1790), historiographe de l'Académie, la direction générale de l'ouvrage en faisant appel à des graveurs de renom. Jean-Philippe Le Bas, (1707-1783), Augustin de Saint-Aubin (1736-1807), Benoît-Louis Prévost (1747-1804 ?) et Jacques Aliamet (1728-1788), s'engagèrent pour l'exécution gravée des 4 planches. Les douze dessins complémentaires arrivèrent en France en juillet 1767. Pierre-Philippe Choffard (1730-1809) et Nicolas De Launay (1739- 1792), deux graveurs également de renoms auxquels on adjoint deux élèves de Le Bas, Louis-Joseph
Masquelier (1741-1811) et Denis Née (1732-1792) vinrent alors compléter l'équipe. L'exécution de la commande occupa Cochin et ses graveurs durant sept années.

La livraison fut assez chaotique. Si deux planches seulement étaient achevées fin 1769, un premier lot de sept planches parvint à Pékin au début de décembre 1772. La dernière livraison arriva en Chine en milieu de l'année 1775. Pendant ces années, Cochin avait su ménager l'attente de l'empereur, en organisant à Pékin les ateliers de taille-douce qui, dirigés par la mission jésuite, fournirent à l'empereur Qianlong la satisfaction d'importer à la cour impériale les techniques d'impression des ateliers d'Occident.

Pierre-Philippe Choffard d'après un dessin de Jean DamascèneLe Khan du Badakhsan demande à se soumettre
Pierre-Philippe Choffard d'après un dessin de Jean Damascène
Fait remarquable, et décisif pour la compréhension de l'iconographie des planches, la confidentialité et l'exclusivité du protocole de la Chine impériale rendit très vite célèbre cette entreprise. Louis XV reçut un exemplaire de la série des Batailles et l'exposa dans la Salle de billard de Versailles, quelques autres privilégiés dont Bertin et Necker, en reçurent un tirage.

Monument de la gravure, cette série de seize estampes occupe une place particulière dans l'oeuvre de Cochin et, d'une façon générale, dans l'art du XVIIIème siècle. Si la Chine maîtrisa la technique de l'estampe sur bois quelques siècles avant l'Europe, la technique de la taille-douce ne lui fut divulguée qu'en retour. La série des Batailles, dessinée à Pékin, gravée à Paris, imprimée en France puis en Chine, dévoile un aspect inédit des échanges culturels et technologiques entre l'Orient et l'Occident.

Commissaire de l'exposition : Pascal Torres- Guardiola, conservateur de la collection Edmond de Rothschild et de la Chalcographie du musée du Louvre.

Informations pratiques

 Musée du Louvre, Musée du Louvre 34, Quai du Louvre, 75001 Paris - Aile Sully, 2ème étage. Salles 20 à 23

 Accès métro : station Palais-Royal/musée du Louvre. Par bus, n° 21, 24, 27, 39, 48, 68, 69, 72, 81, 95. Par voiture : parc de stationnement souterrain accessible par l'avenue du général Lemonier, tous les jours de 7h00 à 23h

 Horaires : tous les jours, sauf le mardi, de 9h à 18 h, les mercredi et vendredi jusqu'à 22h.

 Tarifs : accès avec le billet d'entrée au musée : 9 € ; 6 € après 18 h les mercredi et vendredi. Accès libre pour les moins de 18 ans, les chômeurs, les adhérents des cartes Louvre.

 Catalogue d'exposition : Les Batailles de l'Empereur de Chine, Coédition musée du Louvre / Le Passage.


Imprimer cet article

Dans la même rubrique
Expositions à Paris

Voir tous les articles de la rubrique Expositions à Paris