Exposition Gilles Caron, le conflit intérieur - Musée de l'Elysée, Suisse

Une exposition présentée au Musée de l'Elysée à Lausanne, Suisse (30 janvier - 12 mai 2013)

Publié le lundi 25 février 2013



Mémoire visuelle d'une époque, Gilles Caron (1939-1970) a relaté par l'image la chronique des grands conflits contemporains (guerres des Six Jours, du Viêt Nam, au Biafra et en Irlande du Nord, Mai 68, répression du Printemps de Prague...)... Ce grand photographe finira par payer cet engagement de sa vie, lors d'un reportage au Cambodge.


caron-4_copie.jpgBataille de Dak To, Viêt Nam, novembre - décembre 1967 © Fondation Gilles Caron
Mobilisé comme parachutiste lors de la guerre d'Algérie, témoin des brutalités infligées aux civils, il a cherché, en se lançant dans le photojournalisme, à passer de l'autre côté de la barrière pour faire comprendre la situation de populations prises dans l'engrenage de la guerre. Une expérience dont il ne ressortira pas apaisé moralement.

caron-1_copie.jpgGuerre civile au Biafra, Nigéria, novembre 1968 © Fondation Gilles Caron
Parti avec une vision héroïque de la photographie de guerre, Gilles Caron finira par s'interroger sur la finalité de son métier : peut-on se contenter d'un rôle de témoin, de spectateur? Il est l'un des premiers dans la profession à présenter les symptômes d'un conflit intérieur, d'une crise morale. L'un des premiers à pratiquer une forme d'introspection désillusionnée qui mène le reporter à retourner progressivement la caméra vers lui-même, devenir l'objet du récit photographique.

Pendant la guerre des Six Jours et au Viêt Nam, au début de sa carrière, son intérêt se porte sur des figures inactives —militaires ou prisonniers— absorbées dans leurs pensées, en train de lire, d'écrire ou de méditer. Pendant la guerre du Biafra, Caron se révèle très sensible à la condition des enfants et autres victimes. En Mai 68 et en Irlande du Nord, il accorde beaucoup d'attention à ces acteurs emblématiques que sont les lanceurs de pavés ou de cocktails Molotov, incarnations de la guérilla urbaine.

caron-2_copie.jpgAprès un affrontement entre manifestants catholiques et la police de l'Ulster, Irlande du Nord, août 1969 © Fondation Gilles Caron
Reporter de guerre, régulièrement confronté à des situations extrêmes, Caron n'est pas pour autant indifférent au spectacle des sixties, à la Nouvelle Vague et à la jeune scène musicale. Il lui arrive de travailler comme photographe sur les plateaux de Godard ou de Truffaut et même comme photographe de mode. Ce détour par le cinéma et la mode influence sa photographie, comme en témoignent ses reportages des manifestations au Quartier latin ou en Ulster.

L'exposition s'achève sur un portrait anti-héroïque du photoreporter. Cette conclusion, capitale pour l'histoire du photojournalisme, démontre que la conscience de Caron et d'autres photoreporters devient à la fin des années 1960 une conscience malheureuse. Culpabilité, narcissisme, parodie ou ironie. on ne sait plus vraiment quelle image ils se font finalement d'eux-mêmes.

Regroupant 150 images et documents d'archives provenant de la Fondation Gilles Caron, de la collection du Musée de l'Elysée et de collections privées, l'exposition propose un parcours en six temps permettant de redécouvrir l'un des plus grands photographes de guerre.

Informations pratiques :

 Exposition Gilles Caron, le conflit intérieur, jusqu'au 12 mai 2013

 Musée de l'Elysée : 18, avenue de l'Elysée - Lausanne, Suisse

 Ouvert du mardi au dimanche de 11h à 18h.

 Entrée : CHF 8, tarif réduit : CHF 6. AI, étudiants, apprentis, chômeurs : CHF 4. Entrée libre le premier samedi du mois.

 Catalogue d'exposition Gilles Caron, le conflit intérieur, éd. Photosyntheses

Commissaires de l'exposition : Michel Poivert, Professeur, Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Jean-Christophe Blaser, Conservateur, Musée de l'Elysée.


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