Exposition Eugène Atget, une rétrospective

Paris, BNF, site Richelieu (27 mars - 1er juillet 2007)

Publié le lundi 09 avril 2007



Première rétrospective organisée en France, cette exposition propose un panorama de l'oeuvre d'Eugène Atget (1857-1927).


Atget semble désormais familier à un large public : ses oeuvres sont fréquemment exposées aussi bien en France qu'à l'étranger et on ne compte plus les publications qui lui sont consacrées.

Marchand d'herbes, place Saint Médard, 1898 (c) BnFMarchand d'herbes, place Saint Médard, 1898 (c) BnF
Après un début de vie chaotique, orphelin, comédien raté, peintre médiocre, sans moyens d'existence fixe avant quarante ans, Atget devient photographe faute de mieux. Son but, au début des années 1890 lorsqu'il se lance dans ce nouveau métier, est de fournir de la documentation aux peintres, comme le faisaient beaucoup de photographes depuis les années 1850. Il se fixe rapidement sur ce qui sera son grand sujet jusqu'à la fin : Paris et plus précisément le Vieux Paris, celui qui disparaît à vue d'oeil sous les coups de boutoir d'une modernisation effrénée.

Il ne limite pas ce Vieux Paris aux monuments, aux maisons pittoresques. Il y inclut les petits métiers des rues, les enseignes, les étalages, les passages, les fortifications, la « zone » et ses chiffonniers, les intérieurs parisiens, les voitures à cheval, les parcs et les jardins, les friches urbaines. Pendant trente ans, jusqu'à sa mort survenue en 1927, il sillonne inlassablement la capitale et sa banlieue procédant tour à tour par secteur, par quartier, par thème, s'arrêtant sur un chantier de démolition, revenant photographier un lieu qui a changé... Portant sur le dos son appareil pesant et démodé, vêtu pauvrement par commodité, il devient lui-même un personnage pittoresque.

Boutique, 63 rue de Sèvres, 1910-1911 (c) BnFBoutique, 63 rue de Sèvres, 1910-1911 (c) BnF

Le travail d'Atget repose sur deux clientèles principales. Les institutions publiques (Bibliothèque nationale, musée Carnavalet, Bibliothèque historique de la Ville de Paris, Bibliothèque de l'école des Beaux Arts, Victoria & Albert Museum, etc...) lui achètent des milliers d'images à usage de documentation sur l'architecture, les arts décoratifs, la topographie à une époque où la gravure ne suffit plus comme iconographie et où le livre n'est pas encore suffisamment illustré de photographies. Les artistes, les artisans, les collectionneurs d'images sur le Paris ancien sont l'autre volet de sa clientèle.

Toutefois, Atget serait sans doute resté confiné à un cercle restreint, et son oeuvre rangée dans les cartons des bibliothèques et des collectionneurs si, peu de temps avant sa mort, il n'avait suscité l'intérêt de son voisin à Montparnasse, le peintre et photographe américain Man Ray et surtout celui de sa jeune assistante Berenice Abbott. Son destin bascule alors de façon absolument inattendue. Man Ray lui achète une quarantaine d'images dont quatre sont publiées en 1926 dans La Révolution surréaliste, la revue d'André Breton et de ses amis. Berenice Abbott se prend d'intérêt et d'amitié pour le vieux photographe. Après sa mort, en 1928, elle achète environ 1500 négatifs et 10 000 tirages restant dans l'atelier, les emporte aux Etats-Unis et consacre quarante années, avec l'aide du galeriste Julien Levy, à faire connaître cette oeuvre unique qui exerça une grande influence sur elle-même et des photographes américains comme Walker Evans et Lee Friedlander.

Ses premiers admirateurs ont surtout retrouvé « leur Paris ». Ils ont aimé chez Atget ce qui retenait leur propre regard ou correspondait à leurs propres préoccupations : les boutiques désuètes, les vitrines habitées d'inquiétants mannequins, les étals hétéroclites des chiffonniers, les cours sordides et sombres, les passages, l'art populaire criard des fêtes foraines, les prostituées des bas quartiers, les marchandes des halles, etc.

Commissariat d'exposition : Sylvie Aubenas, conservateur général, BnF, département des Estampes et de la photographie. Guillaume Le Gall, maître de conférences en histoire de l'art contemporain, université de Paris-Sorbonne (Paris IV)

Bibliothèque nationale de France - site Richelieu. Galerie de photographie - 58, rue de Richelieu - Paris 2ème. Ouvert du du mardi au samedi de 10h à 19h, le dimanche de 12h à 19h. Fermeture lundi et jours fériés.


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