Exposition Shadows Materialize par Arno chez YU Gallery

Sculptures contemporaines

Publié le mercredi 26 septembre 2012



Shadows Materialize Vernissage le 4 octobre - Exposition du 5 au 27 octobre 2012 YU Gallery - 15, rue de Seine 75006 paris aRnosculpture.com


S'il y a une chose à retenir d'un travail de sculpture, c'est la puissance qu'il dégage, c'est l'effet qu'il a. Chez Arno, ce qui retient l'attention, c'est son pouvoir de surpasser cette réflexion. Il y a l'amour de la matière et la beauté du geste, mais, comme pour faire exploser ces évidences, Arno ne se contente pas de tailler et de polir, il s'extraie. Maître de ses moyens, il laisse la place à l'autre : si une forme explicitement organique peut nous faire penser à un corps, elle peut tout aussi bien être autre chose. Arno conçoit la sculpture comme une surface de projection de soi.
Humour et épure sont les champs principaux qu'Arno se plaît à exploiter et dépasser avec réjouissance. Dans ces pièces récentes, il déplace et entremêle avec facétie des icônes médiatiques, pour mettre en exergue l'absurdité d'un monde qui confond les valeurs. Ainsi Mao se retrouve, comme une évidence, affublé d'oreilles de Mickey ; Ben Laden se mêle à Jésus. Insidieusement, Arno mixe les codes culturels et graphiques, constituant ainsi un jeu dont il fixe lui-même les règles. Il prend et se sert mais surtout restitue des images qui deviennent les siennes. Ce jeu opère par glissements contrôlés et successifs, reflétant une pensée qui se laisserait aller à la dérive dans les flots médiatiques, non pour sombrer dans un amalgame informe, mais pour réveiller notre regard trop habitué aux éléments qui l'entourent. Arno, va et vient entre les médiums pour en détourner les perceptions. Il sait dépasser les frontières, il sait dépasser la matière. Pour lui, les coulures de peinture qui ruissellent jusqu'au bas de la feuille se libèrent de la surface pour devenir des sculptures, des ombres de métal. Entre abstraction et figuration, Arno choisit de désorienter le regard.

Chute ou élévation, Arno exalte les forces physiques inhérentes aux corps et aux matériaux.
Fermer les yeux, toucher du doigt et de la paume, prendre part ainsi à l'exaltation des surfaces qui deviennent formes sous nos mains, sous les mains d'Arno. Voici tout le rapport étonnamment charnel, érotique et esthétique qu'il entretient avec la matière. En ce début de XXIe siècle, les échos modernistes sont nombreux mais qu'on ne s'y trompe pas, il ne tombe pas dans un regard satisfait sur l'art passé. Il sait ce que moderne veut dire. Et c'est bien là toute la contradiction travaillée : plaisir gourmand de la chair qui le dispute à un sens de l'humour sarcastique aiguisé. Arno ou l'art des paradoxes organiques.

Bertrand Charles
critique d'art


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